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Université d’été européenne des mouvements sociaux : résistances, dialogues, actions !

Du 23 au 27 août, s’est tenue à Toulouse l’Université européenne des mouvements sociaux. Organisé par le réseau européen Attac, cet événement a rassemblé près de 2 000 participant-e-s en provenance de tout le continent.

Plus qu’un espace d’apprentissage et de partage, cette université d’été se veut aussi un véritable temps d’action, permettant aux militant-e-s de coordonner leurs campagnes. Retour sur quelques temps forts de cette rencontre.

Ouverture de l'Université d'été avec Susan George, Zoé Konstantopoulou et Edwy plenel.

Un nouveau cycle de la mondialisation ?

Faut-il un-e médecin au chevet du capitalisme, alors que des replis nationalistes semblent se généraliser ? Que ce soit aux Etats-Unis et au Royaume-Uni mais aussi en Hongrie, en Turquie, en Russie, en Inde, aux Philippines, on assiste à une fragmentation apparente de la pensée unique des années 1990-2000. L’adversaire des mouvements altermondialistes ne serait plus uniquement la mondialisation capitaliste, mais également ces nouveaux régimes autoritaires et identitaires qui revendiquent une politique protectionniste.

Forum La mondialisation néolibérale à la fin d'un cycle, avec Shalmali Guttal, Lora Verheecke et Maxime Combes

Pour autant, contrairement à ses discours, Donald Trump a rouvert les négociations sur le traité de l’ALENA (zone de libre-échange entre le Mexique, le Canada et les Etats-Unis) afin de renforcer le libre-échange. Selon Maxime Combes, d’Attac France, « on met en pâture le nationalisme pour les pauvres, on met à profit la libéralisation pour les riches ». Shalmali Guttal, de l’ONG Focus on the Global South, renchérit : « On observe une résurgence de la rhétorique nationaliste en Asie, autour d’identités ethniques infranationales : hindoue en Inde, khmère au Cambodge, thaïe en Thaïlande, etc. En revanche les politiques de développement sont entièrement néolibérales, comme la privatisation grandissante, surtout dans le secteur des services (santé, transports, communication, logements sociaux). »

Dans le même temps, le commerce international semble plus concentré que jamais aux mains des principales firmes multinationales [1]. 30 % des transactions commerciales entre les pays s’effectuent au sein de ses groupes, 83 % des exportations des Etats-Unis sont concentrées dans 1 % seulement des entreprises qui font de l’import-export. La mondialisation apparaît moins comme une victoire des marchés sur l’Etat qu’une mise au service de l’Etat au profit des plus grandes entreprises : « Le but des accords de libre-échange (TTIP, CETA, TISA, etc.) n’est pas juste de faire augmenter le commerce, illustre Lora Verheecke de Corporate Europe Observatory, mais d’introduire des changements de loi qui permettent de renforcer le pouvoir des firmes multinationales, comme avec les tribunaux d’arbitrage. Ce sont ces grandes entreprises qui déterminent aujourd’hui les agendas politiques. » Pointer du doigt les gagnant-e-s de la mondialisation apparaît comme une étape essentielle pour réclamer plus de démocratie.

Affiche Université européenne des mouvements sociaux

Agir au croisement des luttes

L’impudeur machiste, raciste, homophobe ou islamophobe de ces nouveaux dirigeants, si elle ne change pas la structure de la mondialisation, aura permis de remettre en lumière le rôle de nombreux combats. Samedi soir, l’amphithéâtre où se déroule le forum sur l’intersectionnalité des luttes est plein à craquer. « Les mouvements sociaux doivent abandonner l’hypothèse de l’ennemi prioritaire au profit de celle du front commun, affirme la sociologue Elsa Galerand. Conscience de classe et conscience de sexe ne s’opposent pas plus l’une à l’autre qu’elles ne se surajoutent. Elles sont constitutives l’une de l’autre autant que le capitalisme et le patriarcat ne peuvent être dissociées. Elles ne peuvent donc pas être pensées séparément. »

Pour dépasser ces rapports d’oppression, une transition juste ne pourrait s’articuler qu’autour des notions de race, de genre, de sexualité dès le départ, autant que celle de classe. Pour Cindy Wiesner, de Grassroots Global Justice Alliance, ces différences sont une force : « Notre travail est de parvenir à faire fonctionner ces luttes différentes entre elles. De leur faire accepter la discussion, quitte à se mettre dans une situation d’inconfort, car ce n’est qu’ensemble que nous arriverons à lutter contre les pouvoirs oppresseurs. L’intersectionnalité permet de dépasser les enjeux de libération individuelle pour s’ouvrir du ceux d’une libération collective. Concrètement, c’est construire la solidarité entre les différences. »

Concert de Duo Garcia, rubab (luth afghan) et darbouka pour la pause déjeuner.

Mettre en dialogue les alternatives systémiques

L’effervescence conceptuelle qui touche les mouvements sociaux depuis les années 2000, ne doit pas être envisagée comme une fragmentation des luttes. C’est au contraire une opportunité afin de les mettre en dialogue, comme le soutient l’ouvrage collaboratif réalisé par Attac France, Focus on the Global South, et la Fondation Solón, de Bolivie. Cet ouvrage montre la diversité géographique et sociale des communs, du buen vivir, de la Terre-mère, de la démondialisation [2], de l’écoféminisme, des transitions, de la décroissance, etc. Autant de concepts issus de cultures et contextes spécifiques qui proposent pour autant une portée universelle.

« L’effondrement du monde dans lequel nous sommes, le caractère irréversible par exemple du réchauffement climatique ou de la biodiversité s’il n’annonce pas forcément des futurs radieux, représente une chance de récupérer nos capacités d’action, souligne Geneviève Azam, économiste militante d’Attac. Ces alternatives systémiques nous permettent de dépasser les simples stratégies de survie. Afin de préparer des sociétés du post-développement, du post-énergie fossile, de l’après catastrophe, il faut combiner cette conscience de l’urgence avec des visions du monde que nous souhaitons : des sociétés démocratiques et justes qui puissent vivre en coopération avec la planète. »

Actions directes, créatives et subversives

Forum d'Internet à la rue organisé par le réseau jeune européen d'Attac avec le youtuber Usul

En termes pratiques, ce constat de l’urgence des luttes et des propositions amène à proposer des tactiques militantes de résistance et de résilience. L’éventail des résistances part de la mobilisation des communautés touchées en première ligne, en construisant des alliances mais aussi par l’organisation communautaire. Ces tactiques se prolongent sur Internet, par l’opportunité de la viralité que peuvent prendre les mobilisations.

Séminaire Activisme créatif et durable, consacré à l'action directe et animé par Diffraction

De plus, les résistances se poursuivent dans la désobéissance comme radicalité créatrice de possibles, que ce soit par le blocage du Medef dès le 30 août ou contre les Grands Projets Inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, dans les occupations des centrales à charbon menées par Ende Gelände en Allemagne, ou contre l’accaparement des terres à Europa City, en France, ou à l’échelles généralisée de pays, en Afrique notamment. « La désobéissance est une obéissance à notre cause, affirme Massa Koné, porte-parole de la Convergence Malienne contre l’Accaparement des Terres. »

La désobéissance peut aussi être le choix de la cohérence quand les actions classiques du militantisme sont criminalisées [3], les activistes et lanceurs d’alertes poursuivis ou quand les droits humains des migrant-e-s sont bafoués par les administrations et la police. La résilience, c’est enfin ne plus laisser le « monopole du politique aux marchands d’illusion identitaire », comme le soutient le sociologue Jean-François Bayart dans L’impasse national-libérale [4].

Cartes sur Tables, café coopératif et culturel à Gaillac

Les alternatives locales, comme les cafés coopératifs [5] que les participant-e-s de l’Université d’été ont pu visiter, ou la finance alternative, les initiatives d’énergie renouvelable citoyenne, les community land trust, les médias libres, etc., sont autant de graines qui ne font pas qu’atténuer les maux du système, mais bien au contraire, cherchent à redéfinir la notion de pouvoir, hors d’une logique de domination, comme un objet indispensable de coopération.


[1Voir Maxime Combes, Les multinationales les grandes gagnantes du libre-échange, Lignes d’Attac no 101, 14 avril 2015, consulté sur https://france.attac.org/se-mobiliser/le-grand-marche-transatlantique/article/les-multinationales-les-grandes, le 29 août 2017

[2Walden Bello, Deglobalization, ideas for a New World Economy, Londres et New-York, 2002

[3Plusieurs exemples en France, en Bolive, ou encore en Egypte.

[4Jean-François Bayart, L’impasse national-libérale. Globalisation et repli identitaire, Paris, La Découverte, 2017.

[53 cafés dans le Tarn à Rabastens, Gaillac et Lautrec